Agée de 19 ans à l'époque et originaire de Drap, son village natal, j'étais comme des milliers de personnes à ses obsèques.
Pour cet anniversaire, j'inaugure sur ce blog une série de textes et de photos.
Aujourd'hui un texte que j'ai écrit pour le Patriote , au mois de Mai dernier, qui montre à quel point l'environnement et l'écologie étaient déjà des préoccupations communistes....
Protection de la Nature :Virgile, le visionnaire !
« La tâche du communiste est en tous lieux difficile, elle demande de la réflexion, de la connaissance, de la persévérance, de l’énergie. ».
C’est en s’appliquant à suivre cette ligne de conduite que le Parti fixe à ses militants et singulièrement à ses élus, que Virgile Barel est amené, dès Janvier 1957 à dénoncer « l’occupation américaine » dans la rade de Villefranche, comme « une menace de pollution nucléaire insupportable, sans compter les nappes de mazout et les préservatifs qui souillent la mer ». Il interpelle d’ailleurs le gouvernement à ce sujet, et ce sera repris par La Pravda du 26 Janvier 59!
Ce combat pour la préservation de l’environnement, que certains, parmi ses camarades, jugeaient parfois secondaire, il le mène au nom des responsabilités dont il se sent il redevable à l’égard des générations futures.
C’est ainsi que, fidèle à ses origines et aux racines rurales du communisme niçois, il défend en Février 68 les petits producteurs d’œillet des Alpes-Maritimes, indigné que l’ORTF ait laissé Danielle Gilbert affirmer pour la St Valentin que « l’œillet n’était pas à offrir parce qu’il porte malheur ! ». Cette « guerre de l’œillet » dans laquelle Barel ne lâche rien amènera Couve de Murville pendant la campagne présidentielle de 1969 à donner des apaisements par la voie du ….Journal Officiel.
Dès les années 70, c’est avec réserve qu’il accueille en tant que député le concept de Riviéra scientifique et technologique (la future technopole Sophia Antipolis) car il redoute l’internationalisation du capitalisme et l’implantation sur la Côte d’azur des entreprises multinationales américaines au nom de la « modernité ». Quel visionnaire ! La pollution de la méditerranée par les rejets industriels et toxiques, la destruction des sites par le béton et la spéculation immobilière, les risques d’une croissance urbaine galopante et non maîtrisée, en seraient pour lui les conséquences.
Citons des extraits de son discours à l’Assemblée Nationale le 27 Octobre 72 s’adressant au premier Ministre au sujet du budget de l’environnement : « Le total des crédits consacrés à l'environnement, (…), représente d’après mes calculs et les renseignements qui m'ont été fournis, donc 0,68 % Ce pourcentage parait dérisoire face aux besoins. En France, sur le seul plan économique, les coûts directs —ravalement, corrosion, dégâts — et indirects — pertes de l'agriculture et de l'industrie, baisse du rendement, raccourcissement de l'espérance de vie — dus aux pollutions, dépasseraient dès maintenant 400 francs par habitant et par an, ce qui représente au total plus de 20 milliards de francs. Contre ce gâchis, des mesures doivent être prises, surtout contre les grands pollueurs. Hélas ! Monsieur le ministre, nous n'avons rien trouvé dans le programme que vous nous avez présenté», Et de s’élever contre l’Etat qui « supplée au détriment du contribuable les pollueurs de grande taille qui devraient être les payeurs. (…)Or ils ne sont pas payeurs en partie parce que les lois contre les responsables de la dégradation de la nature ne sont pas appliquées, celle du 20 avril 1932, par exemple» Tout en citant les peines prescrites par le Code rural. Et de conclure par ces paroles d’une criante actualité: « Les lois doivent être appliquées. Mais le veut-on ? C’est la question que pose le comité de défense d'un site situé près de Nice, site que dégrade une puissante entreprise de carrières, et ce malgré les décisions judiciaires et préfectorales . Ce comité, appuyé par une forte manifestation, dimanche dernier — j'y étais — s'interroge : Faut-il croire que les puissances d'argent sont au-dessus des lois ? Nul ne s'étonnera que je n'aie pas détrompé ces citoyens français et que je réaffirme notre opinion de principe, à savoir que le pouvoir ne peut pas réprimer les monopoles pollueurs puisque le sort de l'un est lié à celui des autres. ».C’est d’ailleurs à partir des ces principes que durant quatre ans, Barel se battra pour aboutir à la signature en 77 par la France de la Convention RAMOGE (les premières syllabes des trois villes Saint RAphaël, MOnaco, GEnes, situées aux extrémités et au centre de la zone retenue), instrument dont se sont dotés les gouvernements Français, Monégasque et Italien pour faire en sorte que les zones maritimes de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, de la Principauté de Monaco et de la Région Ligurie constituent une zone pilote de prévention et de lutte contre la pollution du milieu marin.
Rôle « moteur » du député communiste auquel rendra hommage le rapporteur de la commission des affaires étrangères, Paul Bosher, lors de l’adoption de cette loi :« Plus récemment, au cours de la session de printemps, l'Assemblée a approuvé l'accord Ramoge relatif à la protection des eaux du littoral méditerranéen, signé à Monaco le 10 mai 1976. Lors de la présentation de son rapport devant la commission des affaires étrangères, le 28 avril 1977, M. Barel, replaçant l'accord Ramoge dans un cadre plus vaste, avait exprimé le souhait que la France ratifie rapidement la convention signée à Barcelone le 16 fevrier 1976. C'est ce que nous nous proposons de faire aujourd'hui. »(Assemblée nationale séance du samedi (sic !!)18 décembre 77)
Emmanuelle Gaziello