Depuis des décennies, l’Université connaît à la fois une paupérisation et une massification exigeant au contraire des moyens matériels et surtout humains supplémentaires, comme d’autres Universités Européennes recevant deux à trois fois plus de moyens par an et par étudiant.
Le monde des affaires et ses VRP politiques exigent aujourd’hui un alignement rapide, pur et simple sur les besoins à court terme d’une économie, elle-même malade, tout en réduisant le coût des dépenses publiques.
Et dans l’attente de la mort complète du service public, il s’agit d’édifier une gouvernance universitaire autoritaire (sachant séparer le « bon grain de l’ivraie » sur le modèle de l’entreprise, unique source d’inspiration) assurée par un « chef », avec la loi LRU!
Dans le même esprit, il n’est de recherche rentable à court terme, qu’ « appliquée », selon une logique absurde bien digne de l’économie capitaliste : aux chercheurs de contracter avec les firmes ayant besoin d’innovations !
Alors, les mêmes comportements se reproduisent :
Quelques professeurs (de moins en moins nombreux cependant) carriéristes et opportunistes, se font les champions des contre-réforme massives en cours, sous couvert d’une approbation de leur « modernité » et de leur « nécessité »(le soutien à une pseudo autonomie est significative !).
Quelques étudiants, les plus liés aux milieux dominants (comme l’Uni financé dès l’origine par le Medef), s’agitent en réduisant le mouvement universitaire (c’est une vieille pratique) à «la question des examens », pour faire oublier quatorze semaines de luttes restées à ce jour sans réponse.
Ce qui est plus nouveau en 2009, c’est la disparition chez un nombre non négligeable d’enseignants de tout esprit de Service Public, ce qui les conduit à une indifférence profonde vis-à-vis de leurs missions.
Du coup, ils oublient aussi les « franchises» traditionnelles qui exprimaient l’esprit d’indépendance caractérisant une Université digne de ce nom.
Alors que les déclarations « gréviste » des professeurs ne sont pas traitées par l’administration, avec hypocrisie, certains doyens et présidents irresponsables n’hésitent plus à faire appel à la police alors que leurs prédécesseurs faisaient l’impossible pour éviter ce recours. Certains vont jusqu’à susciter la violence pour avoir de meilleures raisons de rétablir l’ ordre alors que leur fonction est de pacifier et de protéger les étudiants, usagers d’un service public.
Pour la première fois dans l’histoire locale, des étudiants sont conduits à porter plainte contre le président de l’Université de Nice!
Ces enseignants, veulent à tout prix, y compris en piétinant les libertés universitaires et les droits des étudiants, en maniant la provocation et en appelant à la violence, refonder une Université visant à fabriquer des guerriers de la concurrence et du Marché, au lieu d’aider à promouvoir la création d’une richesse commune. Ils ne méritent pas le titre de professeur : ils n’enseignent rien si ce n’est la toute puissance de l’argent.
Le 27 Avril dernier, voulant accéder au lieu de sa conférence sur « l’autonomie de l’’Université de nice », le Président, voulant « forcer » de sa personne un blocage symbolique par des étudiants du campus St Jean d’A., aurait poussé un étudiant dans les escaliers, et aurait proféré des menaces et des injures à leur encontre.
la « culture de guerre » en marche!
Les Ministres successifs et leurs mercenaires locaux ont une foi totale dans la technologie, évaluée comme principale source de changement dans la société : la seule urgence est de s’y adapter : les inégalités et l’exploitation du plus grand nombre par une petite minorité étant considérées comme « naturelles », « inévitables », « objectives », il n’est pas logique de travailler à corriger ces phénomènes afin de rendre plus viable la société humaine.
Ainsi, les étudiant-e-s ne sont plus des hommes et des femmes en formation générale, destinés à devenir des citoyens, et des cadres responsables, capables d’être des centres d’initiatives, mais de simples « consommateurs » d’éducation destinés à devenir des producteurs de profit. Se profilent déjà à l’horizon des « Universités » financées par les grandes firmes privées, définissant des programmes - standards, privilégiant les domaines techno -scientifiques et managérial.
Mettant progressivement à l’écart des disciplines culturelles, visant à produire de la « ressource humaine » employable le plus rapidement possible et à bas prix, cette entreprise rencontre des complices chez les enseignants et les étudiants qui croient « bien faire » en oubliant que le chômage est structurel dans le cadre du capitalisme financier.
Les valeurs diffusées doivent permettre l’acquisition d’une « culture de guerre » et non une culture de vie, apprenant le vivre ensemble avec la préoccupation de l’intérêt général et du bien commun.
Le travail humain est devenu objet, maltraité dans son rapport au capital. Il s’agit pour l’Université de produire de la « ressource humaine » dont la valeur est déterminée par le bilan de l’entreprise, modèle et référence exclusive, selon le Ministre et ses satellites .
Ces « formatés » doivent pouvoir être des « employables» peu coûteux, faciles à remplacer, et aptes à s’inscrire dans la logique de la compétitivité capitaliste et à accepter cette vie impossible pour tous qu’elle impose !
Or, le mépris ouvertement formulé par Nicolas Sarkozy le 22 Janvier dernier vis-à-vis de la communauté universitaire aura au moins réussi à rassembler une profession sur des valeurs essentielles de la République, face à une rupture avec ce qui dans notre pays s’est construit en matière de solidarités, de garanties collectives, de laïcité, et de droits.
Et si les crises à répétition sont de plus en plus profondes dans une Université de plus en plus démunie, ce ne sont pas des phénomènes isolés des autres. Elles sont liées à la dégradation de toute la société; c’est pourquoi elles se produisent dans toutes les Universités du monde néolibéral,avec la fuite de l’argent public vers des firmes privées, et non seulement à Nice et en France, où c’est la mobilisation la plus importante de ces cinquante dernières années, tant sur la durée, sur l’intensité que sur son unité.
Robert Charvin et Emmanuelle Gaziello
Observatoire des Droits et Libertés
http://obslpam.blogspot.com/
« Enseignement supérieur. Élargir l’autonomie des universités au-delà de ce qui a été réalisé en 2007,
surtout pour la gestion budgétaire, le recrutement et la rémunération du personnel. De plus, bien qu’on ait
facilité les donations de fondations privées aux universités, de nouvelles mesures sert nécessaires pour favoriser le financement privé des universités, notamment en ayant davantage recours aux droits de scolarité, cette mesure se doublant de prêts étudiants remboursables en fonction du revenu ultérieur ».( RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE 78 – ISBN 978-92-64-05279-6 – © OCDE 2009)