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Le blog de Emmanuelle Gaziello,

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« La Marseillaise », le sang du peuple

Publié par Emmanuelle Gaziello sur 8 Mai 2009, 10:07am

Catégories : #Billets d'humeur

Débats républicains

« La Marseillaise », le sang du peuple

Par Emmanuelle GAZIELLO


Voir cet article sur son site d'origine : Le Patriote, jeudi 19 avril

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« La Marseillaise » ? Le drapeau tricolore ? José Bové se dit profondément choqué. Pourtant, « la Marseillaise » se réfère à une révolution qui fonde l’identité de la République française, une révolution qui, avant tous les pays d’Europe, coupa le lien entre le pouvoir politique et Dieu, pour le donner aux représentants du peuple.

Pour Bové : « La Marseillaise » a pu être un chant révolutionnaire au moment où elle a été créée, aujourd’hui ses paroles (le) choquent, ce sont des paroles guerrières », a-t-il affirmé mercredi dernier, sur « LCI ».Cette « marche militaire » ne permet pas « de réunir les gens » et « on voit bien que tout le monde ne se retrouve pas dans cet hymne guerrier », a ajouté l’ancien leader paysan. « Quand on dit qu’on va abreuver nos sillons de sang impur, ce n’est pas comme cela qu’on construit la paix », a-t-il argué, dans une allusion à un couplet de l’hymne national.

Les deux candidats trotskystes montent également en ligne : Olivier Besancenot use d’un terme « jeune » à l’anglo-saxonne : ça le fait « flipper » et Arlette Laguiller explique que « la Marseillaise », ancien chant révolutionnaire, a accompagné le massacre des communards et les guerres colonia-les. Mais alors, il faut aussi cesser de chanter « l’Internationale » dans les meetings de Lutte ouvrière ? On la jouait en URSS quand on fusillait les trotskystes.

Bové passe pour un héros révolutionnaire ; il a démonté l’enseigne d’un Mac’Do et fauché un peu de maïs, pendant que sa femme faisait « tourner » la ferme.

 

En prenant cette posture, il méprise l’élan populaire qui triompha des princes et des aristocrates si fiers de leur sang pur. Car, l’apostrophe : « qu’un sang impur abreuve nos sillons », n’est pas un appel au massacre, mais une allégorie au sang versé par le peuple, qui, par opposition, est « impur » ! (voir notre explication « Droit du sol ou droit du sang »)

La contestation de « la Marseillaise » serait justifiée si ce chant contraignait les athées à demander à Dieu de sauver leur souverain (« God save the queen ! ») ou bien s’il proclamait la France au-dessus de tous (« Deutshland über Alles ! ») ; partout dans le monde, on trouvera des dizaines d’hymnes glorifiant des saints protecteurs ou Dieu ou Allah

Une révolution fondatrice

« La Marseillaise », elle, se réfère à une révolution qui fonde « l’identité »[1] de la République française, une révolution qui, avant tous les pays d’Europe, coupa le lien entre le pouvoir politique et Dieu, pour le donner aux représentants du peuple. Il faudrait donc l’abandonner sous prétexte qu’elle fut dévoyée à certaines périodes de notre histoire ? L’histoire d’un peuple assez audacieux pour bousculer le trône et l’autel, défier les tyrans de l’Europe, et appeler à conquérir la liberté à leur tour, cette histoire, des générations successives d’étrangers, se la sont appropriée ; le nier serait une insulte faite à ceux de l’Affiche rouge, qui tombèrent pour la France, dans une époque où il était périlleux de chanter « la Marseillaise » !!

Cette énorme « bêtise », toujours revendiquée par les candidats gauchistes, fait le lit du Front national .En face, il n’y aurait que des démocrates offrant en guise de principes une sorte de mélange invertébré, où chaque « communauté » s’exprimerait en fonction de sa culture propre ?

Au lieu de placer au cœur de la pensée l’exigence d’égalité, de laïcité, de République sociale largement abandonnée par nos gouvernants depuis des décennies, mais qui reste la préoccupation d’une grande partie du peuple, et notamment des couches populaires, voilà une frange minoritaire de l’altermondialisme qui enferme chaque citoyen, y compris dans la sphère publique, dans sa communauté religieuse, ethnique ou de descendant de colonisés[2].

Contrairement à d’autres nations où la référence au sang, au monarque ou à la religion tient lieu de socle, la nation française républicaine place en son cœur la citoyenneté, le pouvoir du peuple, le droit du sol, l’exercice de droits et de devoirs politiques. « La France que nous aimons, c’est celle dont Monsieur Thiers a dit « qu’on la fusille ». La France que nous aimons, c’est celle qui n’acceptera jamais l’idée qu’il serait daté de s’engager pour le progrès social, vieilli de parler d’égalité, suranné de parler de l’avenir du monde, archaïque de vouloir suivre les rêves de la jeunesse ! », a lancé Marie-George Buffet dans son discours de Bercy, le 1er avril dernier.

Le jeu du capital

Sous le couvert d’internationalisme, ces candidats aux petits calculs lorgnent sur les voix des communautés et des divers particularismes auxquels ils promettent une France débarrassée des affreuses contraintes de la laïcité républicaine.

C’est oublier aujourd’hui que le discrédit jeté sur l’idée de nation est une aubaine pour les propriétaires du capital. Cela n’a rien d’étonnant, les conquêtes sociales ayant reçu une définition essentiellement nationale ! Pour Hannah Arendt, l’origine du colonialisme et de l’impérialisme ne se trouve pas dans la construction d’un espace politique national mais dans les conditions « extérieures », c’est-à-dire en grande partie les intérêts du capital.

Notes

[1] A ce propos, marier la notion « d’identité » à celle de « nation » (voir les discours de Royal ou Sarkozy) est une hérésie politique, philosophique et historique : la nation est tout sauf une « identité », car la notion d’identité s’applique mal à un peuple, sauf si l’on veut partir à la rencontre de la race, du sang et du sol, de sinistre mémoire. « … Le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis (…) Avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore. » E. Renan : Qu’est ce qu’une nation ? 1882.

[2] Voir à ce propos l’appel des « Indigènes de la République ». 2004.


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